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Julos vers l'arc-en-ciel

Julos Beaucarne, «obsédé textuel» comme il se définissait, est décédé ce 18 septembre 2021. Cet amoureux des mots a écrit plus de 500 chansons, 28 livres et enregistré 49 albums. Il était aussi sculpteur et comédien. Julos a reçu de nombreux prix pour l’ensemble de son œuvre, dont le prix de l’Académie Charles Cros.

L’homme a dû affronter un drame dans sa vie : son épouse, Loulou Brunfaut, a été assassinée de 9 coups de couteau par un jeune homme que le couple hébergeait. Les faits sont survenus au domicile familial, le soir du 2 février 1975. «C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion», écrit-il au lendemain du meurtre dans sa Lettre ouverte qu’il conclut par «En attendant, à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui : je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers.»

Né le 27 juin 1936 à Bruxelles, le jeune Julos a grandi à Écaussinnes (Hainaut). Il apprend le wallon en écoutant les conversations de son père. Après ses humanités au collège Saint-Vincent de Soignies, il commence plusieurs études qu’il ne termine pas, dont celles de philologie romane, puis suit des cours de mime. Pour vivre, il exerce un tas de métiers différents, de professeur de gymnastique à placeur d’antennes de télévision.

Sa carrière de chanteur débute en 1961 en Provence : pour payer la réparation de sa voiture, Julos Beaucarne se produit sur les places publiques, performance qu’il réitérera plusieurs étés au vu du succès rencontré. Il décroche également des rôles de comédien pour divers théâtres belges et compose des musiques de scène, dont celle de la pièce «Une poire pour la mort» d’Henri Sauvage, qui parait en 45 tours en 1964. Il publie ensuite plusieurs albums, sur lesquels il chante tant des textes personnels que des poèmes de Max Elskamp, Guillaume Apollinaire ou Victor Hugo.

En 1970, il s’installe à Tourinnes-la-Grosse, village du Brabant wallon où il vivra jusqu’à son décès. En 1974, son sixième LP intitulé Front de libération des arbres fruitiers devient disque d’or. Le titre marque son opposition à des mesures européennes qu’il juge néfastes pour l’environnement.

Son premier recueil de poésies, Julos écrit pour vous, sort peu de temps après aux éditions Duculot.

En 1981, le chanteur enregistre La p’tite gayole et adapte plusieurs chansons du folklore wallon. En 1999, il érige 36 «pagodes post-industrielles» à Wahenge, près de chez lui, à l’aide de tourets en bois récupérés.

En 2002, il joue dans le film Le mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès et, deux ans plus tard, dans Le parfum de la dame en noir du même réalisateur. En 2005, il imagine les courts textes de 48 panneaux de signalisation installés le long de l’autoroute E411, panneaux destinés à mettre en valeur le patrimoine wallon de manière poétique. «Ces panneaux font de moi le poète le plus lu de Belgique», aime-t-il à répéter.

En 2006, l’homme subit un pontage coronarien qui le contraint à reporter plusieurs concerts. Il parvient tout de même à fêter ses 70 ans en public quelques mois de repos plus tard. Atteint de la maladie d’Alzheimer, Julos s’est éteint à l’âge de 85 ans.

Souvenir de Julos chez abao

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