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Les traducteurs entraînés au confinement

Parmi les métiers entraînant au confinement, celui de traducteur tient le haut du podium. « Notre travail consiste à s'enfermer avec un texte » confie Carole Delporte.

Aujourd'hui, face à la crise du coronavirus et le confinement qu’elle impose, le traducteur est bien outillé. « Ce confinement ne change rien à mes habitudes de travail » affirme Dominique Defert.

Le scénario du film Les traducteurs de Régis Roinsard est inspiré de la réalité. Carole Delporte et Dominique Defert font partie des traducteurs qui ont partagé une étrange expérience : être enfermés avec des collègues du monde entier dans un bunker pour la traduction de deux romans de Dan Brown, Inferno et Origine. Ils ont raconté leur expérience lors d'une table ronde au Centre national du livre (CNL) juste avant la mise en place du confinement en France pour endiguer l'épidémie de coronavirus. 

« Je suis arrivé en premier dans le bunker. J'ai dû lire le texte (600 pages) en anglais en un jour et demi, puis en faire un petit résumé à l'éditeur. Et ensuite j'ai fait un planning » se souvient Dominique Defert, qui a dirigé la traduction française des deux romans, en collaboration avec Carole Delporte. « On n'avait même pas le droit de dire à nos familles où nous allions. »

Sommés de signer un contrat de confidentialité de 20 pages, les traducteurs, une fois arrivés sur place, ont dû abandonner à la porte du bunker leur téléphone portable et tous les appareils électroniques, conservés dans des coffres. Le contenu de leurs ordinateurs était méticuleusement effacé, « pour éviter que des fichiers cryptés puissent sortir du bunker ». « C'était pas fun : quinze personnes enfermées pendant 12 heures (de 9 heures à 21 heures) dans un openspace, sans fenêtres » relève Dominique Defert. Dans le vrai bunker, ni bowling, ni piscine, ni cuisine gastronomique comme l’ont imaginé les scénaristes du film.

« Rien ne devait sortir du bunker, pas une feuille de papier, pas de carnet de notes. Rien. On devait entrer dans le bunker sans rien, et ressortir sans rien », se remémore Carole Delporte. « On avait tout juste le droit d'aller faire pipi, mais nos sorties, heure d'entrée et heure de sortie, étaient consignées par les vigiles (…) On était organisés par tables, par nationalité. C'était un peu une ambiance J.O. avec des drapeaux sur les tables de travail. » 

On leur distribue le texte, à l’exception des derniers chapitres, gardés secret jusqu'au bout. « Dans le bunker, c'était tendu. Il y a du stress. Certains maigrissaient à vue d'œil », évoque Dominique Defert. « Le confinement dans ces conditions peut installer "une certaine paranoïa à l'intérieur du bunker". On a donc très vite essayé de recréer une ambiance plus personnalisée, un cocon propice à la création avec des éclairages, de la musique… »

« À Barcelone, on appelait le bunker 'l'igloo' parce qu’il faisait froid et que l'endroit était clos de verre translucide comme de la glace, sans fenêtre ! », ajoute le traducteur.

Pour les traducteurs de best-sellers, la pression est intense. « À chaque moment on se demandait si on allait s'en sortir. On devait traduire 22 pages par jour », révèle Dominique Defert. « On sait que l'on va être lus à la loupe. Les éditeurs reçoivent des tonnes de lettres qui relèvent les éventuelles erreurs (…) Il est même arrivé qu'un lecteur appelle en demandant de remettre deux pages qu'il pensait avoir été subtilisées. Il était persuadé qu'il y avait un complot. Mais notre éditeur n'est heureusement pas comme celui du film. Les éditeurs sont en général plutôt bienveillants ! », précise-t-il.

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