Le Blog d'abao

La Presse BD : une épopée du kiosque à l'album.

L'histoire de la bande dessinée (BD) en presse est un fascinant voyage qui commence au début du XIXe siècle. À cette époque, le chemin de fer vient d'être inventé, et les premiers kiosques de gare émergent comme de nouveaux points de distribution de la presse. Inspiré par les feuilletons populaires créés par l'éditeur français Émile de Girardin, la presse BD fait ses premiers pas. Ce média naissant va bientôt connaître une révolution avec l'apparition de personnages récurrents, marquant ainsi les débuts de ce qui deviendra une culture populaire incontournable.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les premiers personnages récurrents font leur apparition dans la presse BD. La Famille Fenouillard, Bécassine, Les Pieds Nickelés, Zig & Puce, Tintin et Mickey deviennent des figures emblématiques. Ces personnages ne se contentent pas de captiver les lecteurs dans les pages de journaux et de magazines ; rapidement, ils migrent vers un nouveau format : l'album. Cependant, ces albums restent rares et coûteux, destinés principalement à une élite bourgeoise.

C'est après la Seconde Guerre mondiale que l'album de BD connaît une véritable démocratisation. La maison d'édition Dupuis, par exemple, commence à publier des albums brochés, accessibles dans les supermarchés en France et en kiosque aux Pays-Bas et en Allemagne. Parallèlement, l'album cartonné se développe, rendu possible par la presse offset popularisée après-guerre, qui permet des réimpressions rentables en petits tirages. Dès les années 1950, les éditions du Lombard et Dupuis publient systématiquement leurs BD à succès en albums, ouvrant ainsi la voie à une grande vague de classiques franco-belges : Blake & Mortimer, Alix, Spirou, Lucky Luke...

Le tournant des années 1960 marque l'âge d'or de l'album de BD, notamment avec l'essor de la grande distribution et la création de librairies spécialisées en BD. Astérix, lancé en 1961, devient un phénomène culturel, suivi de près par d'autres séries emblématiques comme Gaston Lagaffe, Les Schtroumpfs, Boule & Bill et Ric Hochet. Les ventes de ces albums atteignent des sommets, surpassant même les best-sellers littéraires comme les lauréats du Prix Goncourt.

Dans les décennies suivantes, des éditeurs "pure players" comme Glénat, Soleil et Delcourt se spécialisent dans des segments spécifiques sans passer par la case presse. L'Histoire, la science-fiction et la fantasy deviennent des thèmes porteurs pour ces maisons d'édition. Parallèlement, les albums de BD se transforment en objets de collection et en cadeaux précieux, tandis que les abonnements à la presse jeunesse diminuent.

La presse BD, autrefois florissante, commence à décliner sous les coups de boutoir de la télévision puis de l'Internet. Les kiosques et les maisons de la presse se raréfient. Des tentatives pour revitaliser la presse BD, comme les récits complets ou les grands chapitres en plusieurs numéros, échouent. Les grands hebdomadaires historiques ferment les uns après les autres : Pilote en 1974, Tintin en 1988, Pif Gadget en 1993, suivi de nombreux mensuels comme Charlie Mensuel, Métal Hurlant, Circus, Vécu, et L’Echo des Savanes.

Aujourd'hui, bien que la presse BD traditionnelle ait quasiment disparu, une nouvelle forme de publication émerge : les mooks, contraction de "magazine" et "books". Ces revues thématiques, telles que Métal Hurlant et Tintin c'est l'aventure, font leur retour dans les kiosques et surtout en librairie. Elles offrent un format hybride, alliant la profondeur des livres à la périodicité des magazines.

En dépit du déclin de la presse BD, l'album demeure une valeur sûre, désormais concurrencé par les mangas. La BD continue de se réinventer, portée par la créativité des auteurs et la fidélité des lecteurs. Sic transit gloria mundi, ainsi va la gloire du monde, mais l'esprit de la bande dessinée, lui, persiste et se renouvelle sans cesse, prêt à écrire de nouveaux chapitres de son histoire fascinante.

Écrire un commentaire