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Les lettres de Victor Hugo en Corrèze : un trésor littéraire au cœur de l’histoire familiale.
En Corrèze, les archives départementales abritent un trésor littéraire et historique d'une grande valeur : des lettres manuscrites de Victor Hugo, précieusement conservées et désormais accessibles uniquement en version numérique pour des raisons de préservation. Celles-ci révèlent des aspects intimes de la vie de l'auteur des Misérables, qui, malgré la distance et l'exil, demeurait proche de sa famille corrézienne, établie dans la région en raison des affectations militaires de son oncle. Ce dernier, le général Louis-Joseph Hugo, joua un rôle crucial dans l'implantation de la famille en Corrèze, où il devint même maire de Tulle.
Une collection précieuse offerte aux archives départementales
Si ces lettres ont pu intégrer les collections des archives départementales, c'est grâce à un don effectué en 2022 par l’épouse de l’arrière-arrière-petit-fils de Louis-Joseph Hugo. Après avoir méticuleusement préservé cette correspondance au sein de la famille, celle-ci a décidé de la partager avec le public en la confiant aux archives de la Corrèze. Pour Emmanuel Bosca, directeur adjoint de cet établissement, cette donation représente une pièce essentielle du patrimoine régional. En préservant ces lettres en format numérique, les archives répondent à un impératif de conservation, tout en permettant aux chercheurs et passionnés d’accéder à ces témoignages uniques de l'histoire littéraire.
Le château de Chameyrat : un lieu chargé de souvenirs
Dans le village de Chameyrat, non loin de Tulle, se dresse un château intimement lié à l'histoire de la famille Hugo. Ce lieu, empreint de mémoire, témoigne de l’ancrage de la famille dans la région et fait écho aux lettres que l’écrivain adressait depuis son exil à ses proches restés en Corrèze. En effet, bien que vivant à distance, Victor Hugo entretenait un lien fort avec sa famille, comme en témoignent les échanges épistolaires avec son oncle Louis-Joseph, son cousin Léopold et sa cousine Marie.
Une correspondance émouvante, malgré les difficultés de lecture
Ces lettres, souvent courtes, reflètent le style inimitable de Victor Hugo. Leur lecture n'est toutefois pas aisée : le temps et l'encre fanée ont rendu certains passages difficiles à déchiffrer, mais la richesse émotionnelle et stylistique des textes compense cet effort. À travers ces écrits, on découvre un Hugo sensible et attentif, qui, malgré les difficultés de la vie et les épreuves de l'exil, parvenait à rester proche des siens.
Ainsi, en 1854, à l'annonce du décès de son oncle, il adresse à sa cousine Marie des mots empreints de réconfort et de résilience :
« Ne pleurons pas ton père. Envions-le. Il a quitté la terre des lâches pour monter au ciel des vaillants. C’était mieux sa place, soit digne de ton nom. »
Dans ces quelques lignes, Hugo exprime toute son admiration pour la bravoure de son oncle, tout en encourageant Marie à puiser dans cette épreuve la force de perpétuer l'honneur familial.
Les lettres de consolation à Marie, une carmélite pieuse
Marie, la cousine de Victor Hugo, est une figure importante dans cette correspondance. Entrée au couvent des Carmélites de Tulle en 1858, elle consacra sa vie à la prière et à la méditation. Hugo, bien qu'il ait un rapport différent à la religion, respecte profondément le choix de sa cousine et tisse avec elle des échanges empreints de spiritualité. En 1866, lorsqu’il apprend le décès de son cousin Léopold, il adresse de nouveau à Marie des mots consolateurs :
« Tu es une véritable âme et Dieu a mis en toi un de ses rayons. Léopold a disparu de ce monde visible mais tu sais, toi, qu’on ne perd pas les morts. Ils sont là, meilleurs, mêlons-les à nos prières toi vers ton Christ, moi vers mon Dieu. Sois tranquille nos pensées se trouveront vers le même ciel. »
Dans ces lignes, Hugo tente de faire converger leurs croyances respectives en un point commun, l’amour pour leurs proches disparus. Cette correspondance entre l’écrivain laïc et la carmélite pieuse offre un témoignage touchant de respect mutuel et de partage des valeurs, malgré des convictions religieuses distinctes.
Une vision de la prière et de la foi
Victor Hugo s'adresse souvent à Marie en des termes empreints de respect et de compréhension pour sa vocation religieuse, tout en partageant sa propre vision de la spiritualité. Dans une lettre, il lui confie :
« Tu as raison de m’aimer un peu. Prie pour moi. Je suis de ceux qui croient à la vertu de la prière. Ta prière doit être bonne puisque ton âme l’est, et il n’y a qu’un Dieu. Le tien par conséquent et le même que le mien. Mais nous le servons chacun à sa manière. Toi en prières. Moi en luttant. Je suis vieux et je le verrai bientôt. J’espère qu’il me pardonnera mes fautes […] Je n’ai jamais voulu faire de mal, qu’au mal. »
Ces paroles illustrent un Victor Hugo philosophe, pour qui la religion est une voie personnelle et la prière, un acte de vertu. Il fait ainsi un parallèle entre l’engagement spirituel de sa cousine et sa propre lutte contre les injustices. Ces lettres montrent une connexion rare et sincère entre deux individus que leurs croyances auraient pu séparer, mais que l’affection familiale et la tolérance rapprochent.
Un héritage préservé au-delà du temps
Marie Hugo demeurera fidèle à sa vocation religieuse jusqu’à sa mort en 1906, laissant derrière elle une vie entièrement dévouée à la prière. Quant au couvent du Mont-Carmel de Tulle, il a été remplacé par un collège portant ironiquement le nom de Victor Hugo, fermant ainsi un cycle où la mémoire de l'écrivain et de sa famille reste ancrée dans la région de Corrèze.
Aujourd'hui, la correspondance de Victor Hugo avec sa famille est bien plus qu'un simple échange épistolaire ; elle est le témoignage d’un attachement profond et respectueux qui, au-delà des épreuves, a su unir des êtres aux parcours de vie différents. Grâce aux archives départementales, ces lettres continuent de vivre et de résonner, offrant aux générations futures un aperçu unique de la relation entre Victor Hugo, sa famille, et la Corrèze.
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