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Popeye : du papier aux écrans.
Qui n’a jamais entendu l’injonction de manger des épinards pour devenir aussi fort que Popeye ? Ce personnage emblématique, issu à la fois de la bande dessinée et du dessin animé, a marqué l’imaginaire collectif, notamment grâce à sa force herculéenne, qu’il attribue à la consommation d’épinards. Pourtant, son histoire est bien plus complexe, avec des racines ancrées dans la satire sociale et l’humour décapant.
Une naissance dans la bande dessinée
Popeye fait sa première apparition en 1929, sous la plume d'Elzie Crisler Segar (1894-1938), dans une série déjà bien installée intitulée The Thimble Theatre. Depuis une décennie, cette bande dessinée narrait les aventures de Castor Oyl, de sa sœur Olive Oyl, et de leur ami Ham Gravy. Mais tout change lorsque Castor croise Popeye, un marin borgne, bagarreur, menteur et irascible. Dès sa première réplique — "Est-ce que j'ai l'air d'un cow-boy ?" — le personnage frappe par son caractère bien trempé. Peu à peu, il éclipse les autres protagonistes et devient la figure centrale de la série, rebaptisée Thimble Theatre Starring Popeye.
La magie de Popeye ne réside pas seulement dans ses aventures. En effet, Segar se plaît à faire de ce marin un antihéros par excellence. Le strip (comic strip) brille par son humour transgressif, remettant en cause les valeurs de la société américaine des années 1930. Tout y passe : le couple, la famille, le sport, l’argent. Segar critique le vernis social qui sépare les classes et dénonce une société trop souvent façonnée par les apparences. Par exemple, les tentatives de Popeye de créer une nation idéale où il régnerait en dictateur éclairé permettent à Segar de parodier les régimes fascistes en plein essor à cette époque.
L’arrivée de Popeye sur les écrans
Le personnage dépasse rapidement le cadre de la bande dessinée. Dès 1933, les frères Fleischer l’adaptent en dessin animé, renforçant encore plus sa popularité. C’est dans cette version cinématographique que Popeye devient associé aux épinards, censés lui conférer une force hors du commun. Ce mythe alimentaire, bien qu'absent des premières bandes dessinées, s’enracine dans l’imaginaire populaire grâce aux courts-métrages animés.
Au-delà de son humour et de ses punchlines légendaires, telles que "I yam what I yam and that’s all I yam !" (je suis ce que je suis et voilà tout ce que je suis), Popeye devient un vecteur d’éducation alimentaire pour les enfants américains. Les épinards, présentés comme une source de force, sont ainsi popularisés grâce à ce personnage au caractère bien trempé.
Popeye en France : une aventure francophone
Le succès de Popeye n’a pas été limité aux États-Unis. Dès 1935, ses aventures traversent l'Atlantique et débarquent en France sous le nom de "Mathurin". Cette version française, éditée par Tallandier, rencontre un franc succès auprès du public. Des journaux comme Robinson, Hop-là !, ainsi que de nombreux quotidiens régionaux, diffusent les péripéties du marin. Popeye devient ainsi une figure incontournable de la bande dessinée en France, touchant un public large et varié.
Futuropolis, une maison d’édition réputée pour sa promotion de bandes dessinées de qualité, republie les aventures de Popeye dans les années 1980, consolidant encore davantage sa notoriété en France. Ses aventures traduites trouvent ainsi un écho au sein de la culture populaire francophone.
Les autres personnages mémorables
L’univers de Popeye ne serait pas complet sans ses personnages secondaires hauts en couleur. Parmi eux, Wimpy, un parasite glouton dont la passion pour les hamburgers est légendaire, et le Jeep, un animal fantastique capable de prédire l’avenir, marquent les esprits. Ces personnages, qui ajoutent une touche d’absurdité et de burlesque aux histoires, enrichissent l’univers déjanté de Popeye.
La pérennité du mythe Popeye
Même après la mort d'Elzie Crisler Segar en 1938, Popeye continue d’évoluer sous la plume de divers dessinateurs tels que Doc Winner, Joe Musial ou Bud Sagendorf. Le personnage, loin de s’effacer, connaît une longévité exceptionnelle. En 1981, il est même porté à l’écran par le réalisateur Robert Altman dans une version cinématographique qui s’ancre dans le patrimoine populaire du XXe siècle.
L’influence de Popeye dépasse les frontières de la bande dessinée et du cinéma. Shigeru Miyamoto, l’un des créateurs les plus influents du monde du jeu vidéo, a ainsi affirmé que Popeye avait été une source d’inspiration directe pour la création des personnages de Mario et Donkey Kong. Cet aveu montre à quel point l’héritage de Popeye est vaste et profond, influençant des médiums aussi variés que le cinéma, la bande dessinée et le jeu vidéo.
Une influence littéraire ?
Bien que Popeye soit avant tout une figure de la culture populaire moderne, certains aspects de son humour et de sa critique sociale peuvent être mis en parallèle avec des œuvres littéraires plus anciennes. Si l’on cherche des racines plus profondes, on pourrait évoquer l’influence des récits de marins tels que Robinson Crusoé de Daniel Defoe ou encore Les aventures de Gulliver de Jonathan Swift. Ces récits satiriques, qui se moquent des conventions sociales tout en racontant des périples extraordinaires, semblent résonner dans les aventures de Popeye. De plus, l'ironie et la critique acerbe de la société présentes dans les œuvres de Segar peuvent faire écho à certains classiques de la littérature satirique du XVIIIe siècle.
Popeye est bien plus qu’un simple personnage de bande dessinée ou de dessin animé. C’est un antihéros complexe, ancré dans son époque tout en la critiquant. Son succès mondial, et son influence sur des générations de créateurs, témoignent de la force de ce personnage. Que ce soit sur le papier ou à l’écran, il incarne la liberté d’être soi-même, sans compromis, tout en dénonçant les travers de la société.
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