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Un voyage à travers deux siècles d'art du dessin flamand : de Bruegel à Rubens.
Le Musée des Beaux-Arts de Belgique propose actuellement une plongée exceptionnelle dans l’univers fascinant du dessin flamand des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. En complément de l’exposition Drafts, consacrée à l’esquisse, la section Old Masters met en lumière 93 dessins d’artistes majeurs des Pays-Bas méridionaux, parmi lesquels Pieter Bruegel l’Ancien, Frans Floris, Maerten de Vos, Jacques Jordaens, Peter Paul Rubens, et même des anonymes. Cette exposition éphémère, aux conditions d’éclairage précautionneuses pour préserver ces œuvres fragiles, offre une opportunité unique de découvrir des chefs-d’œuvre rarement exposés au public. Comme le rappelle Stefaan Hautekeete, conservateur des dessins anciens, certaines de ces pièces ne seront pas visibles avant plusieurs décennies.
Une collection précieuse, reflet de la diversité artistique
Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique abritent une collection impressionnante de 24 000 œuvres, dont une majorité de dessins : 8 000 modernes et 4 000 anciens. Les dessins anciens, particulièrement ceux datant du XVIᵉ siècle, sont rares et précieux. Ces œuvres servaient à des fins diverses : exercices pour apprentis, études pour tableaux ou tapisseries, modèles destinés à la gravure ou encore créations indépendantes. Selon le catalogue de l’exposition, Karel van Mander, figure importante de la théorie artistique flamande, affirmait que « l’art du dessin est fondateur de la peinture ». Les grands peintres de cette époque, à l’instar de Rubens ou de Bruegel, continuaient tout au long de leur carrière à dessiner pour perfectionner leur maîtrise des proportions humaines, des attitudes et des expressions.
Le carnet Errera : une énigme artistique
Le point de départ de l’exposition est le célèbre carnet de dessins Errera, un trésor mondial composé de 150 dessins réalisés entre 1510 et 1535. Exécutées à la plume, au pinceau ou à la sanguine, ces esquisses révèlent une diversité de sujets : paysages, ports, villes, arbres, rochers et fragments de visage. Si l’on sait qu’Anvers fut probablement le lieu de production, l’identité de l’artiste reste un mystère. Ce carnet pourrait avoir servi de « banque d’images » pour les ateliers de peinture flamande, comme celui de Henri met de Bles, dont certains motifs se retrouvent dans les œuvres.
Pieter Bruegel l’Ancien et la série des « Sept vertus »
Parmi les pièces majeures, le dessin de La Prudence, extrait de la série des Sept vertus de Pieter Bruegel l’Ancien, illustre le génie minutieux de l’artiste. Conçu en 1559 après le succès des Sept péchés capitaux, ce dessin complexe met en scène Dame Prudence entourée de symboles : un miroir pour la connaissance de soi, un cercueil pour la mortalité chrétienne, et un tamis pour séparer la vérité du mensonge. Bruegel détaille chaque élément avec une précision remarquable, du mobilier aux arrière-plans, pour faciliter la transposition sur une plaque de cuivre destinée à la gravure.
Jan Bruegel l’Ancien : chroniqueur de la vie quotidienne
Jan Bruegel l’Ancien, fils de Pieter, se distingue par ses esquisses vivantes, comme l'Étude de personnages, chevaux et charrettes, réalisée en extérieur en 1602. Cette œuvre documente avec soin une scène de marché, incluant des détails variés tels que le chargement de marchandises ou la vente de pain. Ses dessins, souvent achevés avec une qualité picturale, sont appréciés en tant qu’œuvres autonomes.
La modernité audacieuse de Frans Floris
Frans Floris, influencé par son séjour en Italie, adopte un style libre et expressif. Sa technique se distingue par l’utilisation de papier bleu-vert et de rehauts de gouache blanche, comme en témoigne son fascinant dessin Samson au moulin. Malgré des erreurs techniques dans la représentation des mécaniques du moulin, cette composition révèle une modernité étonnante dans les détails, notamment dans l'attitude du prisonnier et du gardien.
Rubens : maître des retouches et des croquis
L’exposition se termine en apothéose avec une feuille unique de dessins au recto-verso de Peter Paul Rubens, datant de 1630. Ces croquis rapides, destinés à l’organisation des compositions, offrent un aperçu rare du processus créatif du maître. Rubens, toujours attentif au détail, n’hésitait pas à revisiter des œuvres existantes, comme le montre une copie retouchée de L’Archange Michel terrassant les anges rebelles, attribuée à un anonyme d’après Le Tintoret.
L’art du dessin : un dialogue intemporel
Tout au long de l’exposition, le visiteur découvre une richesse de techniques, de compositions et d’inspirations, parfois empruntées aux maîtres italiens comme Raphaël ou Michel-Ange. Des études de nu, des portraits et des scènes de vie quotidienne témoignent de l’incroyable diversité de cet art souvent considéré comme mineur, mais pourtant essentiel.
Informations pratiques
L’exposition « Dessins anciens - From Bruegel to Rubens » est ouverte au public du 11 octobre 2024 au 16 février 2025 dans les salles 52 et 53 des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Une occasion rare et précieuse de découvrir des œuvres qui, pour certaines, ne réapparaîtront peut-être qu’au siècle prochain.
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