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L'univers fascinant des collectionneurs de Tintin.
La célèbre publicité proclamait fièrement : « Tintin pour les jeunes de 7 à 77 ans ! ». Pourtant, les collectionneurs passionnés de l'univers du petit reporter ne correspondent pas toujours à ce profil. En effet, le marché de la collection des albums de Tintin est un domaine technique et exigeant, où chaque détail compte et peut faire la différence entre une pièce de grande valeur et une simple réédition.
Un voyage à travers l'histoire de Tintin
Depuis près d'un siècle, Tintin emmène ses lecteurs aux quatre coins du monde : du Congo au Tibet, en passant par l'Amérique et jusqu'à la lune. L'aventure débute officiellement le 10 janvier 1929 avec la publication de Tintin au pays des Soviets, un album qui revêt aujourd'hui une dimension mythique. Ce premier ouvrage, paru dans Le Petit Vingtième, est particulièrement prisé des collectionneurs. Selon l'expert Xavier Libon, « c'est aussi la naissance de la ligne claire », ce style graphique emblématique de la bande dessinée franco-belge, caractérisé par des contours nets et une absence d'ombrage.
Les exemplaires initiaux furent tirés à seulement 500 exemplaires, aujourd'hui introuvables, puis à 10 000 exemplaires au total. Un 8e mille de cette édition s'apprête à être mis aux enchères à Roubaix en 2024, avec une estimation de 9 000 à 10 000 euros. La valeur d'un album dépend notamment de son tirage précis, indiqué sur la page de garde : plus il est ancien, plus il est coté.
Tintin au Congo, un album controversé et très recherché
Deuxième opus des aventures de Tintin, Tintin au Congo est aujourd'hui un album controversé mais demeure un incontournable pour les collectionneurs. Sa première édition de 1931, imprimée par Le Petit Vingtième, atteint une valeur estimée entre 8 000 et 9 000 euros pour un exemplaire du 7e mille. Par la suite, l'album est réédité par Casterman en 1937 (4 000 à 5 000 euros), en 1941 (1 500 à 2 000 euros) et en 1942 (1 400 à 1 600 euros).
Un changement majeur intervient en 1942 : les couvertures adoptent un nouveau format. Au lieu d'un dessin encadré sur fond beige, l'image principale s'étend dorénavant sur toute la couverture, une modification qui concerne l'ensemble des albums de Tintin.
Les Tintinophiles en quête de trésors cachés
L'année 1942 marque une évolution significative dans la conception des albums. Jusqu'à cette date, les neuf premiers tomes de Tintin sont en noir et blanc et comportent une centaine de pages. Par la suite, la pagination se stabilise à 62 pages et les albums adoptent la couleur. Afin de conserver une homogénéité graphique, Hergé reprend et modernise les premiers albums pour s'adapter à ce nouveau format.
Chaque réédition introduit des variations subtiles, telles que la couleur des gardes, la présentation du dos ou encore l'ordre des illustrations de couverture. Ces infimes différences rendent l'univers de Tintin particulièrement technique et exigeant pour les collectionneurs. Par exemple, Les cigares du pharaon, publié en 1942 avec une couverture inédite, est estimé entre 4 000 et 5 000 euros pour un 30e mille.
Certaines éditions limitées, dites "princeps", attirent également l'attention des collectionneurs. Offertes lors des lancements à la presse et aux proches d'Hergé, ces éditions particulières revêtent une valeur inestimable. Par exemple, un exemplaire princeps de Vol 714 pour Sydney, paru en 1968, se négocie entre 1 300 et 1 500 euros.
Certains amateurs s'intéressent à des éditions étrangères, souvent plus abordables que leurs équivalents francophones. Toutefois, certaines langues rares voient leur prix flamber. Ainsi, les albums traduits en farsi dans les années 1970 sont devenus très recherchés depuis leur interdiction en Iran en 1979.
Un marché varié au-delà des albums
Si les premières éditions des albums restent le Saint-Graal des collectionneurs, d'autres objets tirés de l'univers de Tintin suscitent un intérêt croissant. En raison des prix astronomiques des dessins originaux d'Hergé (2,16 millions d'euros pour la couverture de Tintin en Amérique, vendue chez Artcurial en février 2023), les collectionneurs se tournent vers des alternatives plus abordables :
Les cartes de vœux signées Hergé, accessibles pour moins de 200 euros.
Des exemplaires du Petit Vingtième ou du Journal de Tintin, estimés entre 200 et 250 euros pour une année complète.
Les véhicules miniatures de la collection Atlas, dont l'ensemble des 70 modèles se négocie entre 600 et 800 euros.
Chaque collectionneur développe ses propres spécialités et consacre un temps considérable à l'exploration de ce marché labyrinthique. Plus que le budget, c'est la connaissance approfondie de l'univers de Tintin qui fait la différence.
Qui sont les collectionneurs de Tintin ?
Les passionnés de Tintin se recrutent principalement parmi les francophones : Français, Belges, Canadiens et Suisses dominent ce marché. Majoritairement masculins, ils ont souvent la cinquantaine et disposent des moyens financiers nécessaires pour s'engager dans cette quête exigeante. Pour eux, Tintin ne se résume pas à une simple lecture d'enfance, mais devient un véritable objet de fascination et d'investissement.
Ainsi, l'univers des collectionneurs de Tintin dépasse largement le cadre de la bande dessinée. Entre chasse au trésor et passion archivistique, il constitue un domaine aussi riche que les aventures du célèbre reporter lui-même.
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